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A dessein...

Les tendances du dessin contemporain.

 



A dessein par 70c7d88d0181e9b3470b8fe29

Longtemps considéré comme un élément préparatoire au tableau, le dessin n'avait, pas cette autonomie que l'art du XXem siécle lui a donné.

Cette exposition montre  avec clarté ce renouveau que le dessin d'aujourd'hui  a pris au sein des arts plastiques.

 

Nadya Bertaux

Alain Cardenas-Castro

Catherine Gilson

Karen Heyblom

Bernard Ollier

Virginie Rochetti

Lise Rousset-Lesieur

Pauline Martinet &

Zoé Texereau

Danielle Wallers

 

Trois générations d'artistes montrent des oeuvres souvent de grand voire de très grand format, ils entreprennent ainsi un processus de création autonome puissant , traduction visuelle et mentale de la pensée artistique de ce début de siècle.

Une crayon, du fil, des aiguilles, un peu de couleur suffisent pour prendre possession d'une feuille de papier ou d'un coin de mur et d'affronter des enjeux artistiques des plus contemporains.

 


 

 

Nadya Bertaux

 




 

 

Mon travail tente de signifier le parcours du vent et son passage, comme une invitation à un voyage onirique, une métaphore poétique pour parler du cycle de la vie et du souffle intérieur.

Le vent parle d'errance, et même si, dans mes sculptures, son mouvement n'est qu'imaginatif, sa suggestion est déterminante pour inscrire l'action comme symbole de vie. C'est une traversée entreprise avec conviction, animée par le désir de découvrir de nouvelles ressources pour enrichir le monde intérieur qui nous habite.

La finesse des fils d'aluminium me sert à décrire la fragilité de la vie. À chaque fil, son chemin ; un sentier sur lequel nous déambulons pour déterminer nos intentions et nos actions. Aux croisements, les doutes s'animent et approfondissent la réflexion.

Les fils entremêlés créent la matière et transcrivent la complexité des choix. Cette imbrication appliquée décrit aussi les liens divers qui unissent les Hommes, et exprime avec force l'espérance que même ténus, ils ne céderont pas à une poussée égoïste.

Ces nombreux fils symbolisent également les entassements que produit le vent quand il termine son voyage ; ils racontent la mémoire des choses et relatent des bribes de nos histoires propres.

Ce sont des pistes qu'offrent ces fils gris ; cette neutralité permet d'explorer les sillons des champs du possible, pour s'interroger sur le sens de l'existence.

 

www.nadyabertaux.com

 

 

 

 

 

Alain  Cardenas-Castro

 







 

 

En repensant à la proposition d'Henri
 Laborit, dans son « Eloge 
de 
la 
fuite »

 

[...] 
Il
 y 
a 
plusieurs 
façons
 de
 fuir. 
Certains 
utilisent
 les
 drogues
 dites 
"psychotogènes" ;
 d'autres
 la 
psychose. 
D'autres
 le
 suicide.
 D'autres
 la 
navigation
 en 
solitaire.
 Il y 
a 
peut-être 
une 
autre 
façon 
encore 
: 
fuir
 dans 
un 
monde
 qui
 n'est
 pas 
de 
ce 
monde,
 le 
monde 
de 
l'imaginaire. 
[...]

 

J'ai dessiné au présent un événement passé, une expérience émotionnelle de mon enfance, fondatrice de ma personnalité, qui m'est revenue en mémoire en dessinant automatiquement sur des carnets.

 

Alain Cardenas- Castro

 

 

www.alaincardenascastro.com

 

 

 

Catherine Gilson 

 






 

 

Le désir du dessin se renouvelle avec la  forme  de l'oreiller, douce, légère...

elle se tortille, se gondole, se frise, se superpose, s'emmêle...

La forme me plait,  je joue avec.

Une nécessité à dessiner, un défi au temps.

L'accumulation de l'objet  motive l'intérêt.

« Instants rêvés ». Non pas la nuit, mais le jour, à la lumière, la clarté.

Instants rêvés pendant le travail, la répétition des formes, inlassablement, 

calligraphie au quotidien, rituel intemporel, gestes maintes fois renouvelés,

rythme ordonné ou enchevêtré, broderie de graphite, fil conducteur des pensées.

 

 

Catherine Gilson

 


 

 

 

Karen Heyblom

 







 

Ma rencontre avec les dessins de Karen Heyblom fut un véritable choc.

Choc qui m'a  conduit sans hésitation  à l'inviter à prendre part à l'exposition « à dessein » que je préparais pour l'Espace Beaudouin.

 

Le dessin découvert lors d'une exposition de fin d'année à l'école des Arcades de sa classe préparatoire d'entrée dans les écoles supérieures d'art s'imposait par son format, son sujet, sa vision mais aussi son traité énergique voire violent.

 

Il s'agissait d'un immense paysage  traité au crayon noir  montrant des vallées vides de vie et  des montagnes  aux tracés nerveux et acérés.

Ce paysage  de genèse portait en lui instinctivement une grand part de l'histoire du l'art en nous renvoyant dans un monde gothique celui  de Durer, mais aussi à celui des fantasmagories de Jérome Bosch .

Dans les paysages d'un univers minéral, organique et végétal Karen Heyblom s'inscrit dans le monde que la science fiction  nous révèle

 

Les paysages imaginés par Karen Heyblom ne sont pas élégants, ils sont vrais, se sont les jaillissements d'une pensée créatrice pleine de promesses, esquisses autonomes d'une oeuvre en devenir

 

Ils portent en eux  les véritables et futurs enjeux créatifs d'une jeune artiste qui prend procession d'un  monde incertain et cela  par la main pensante du dessinateur.

 

Y.M


 

 

 

 

Bernard Ollier

 

 

 

Au dessin qui, comme les autres, n'en est jamais que le même, je disais Que faire en tant que rien ? et à chaque fois il me répondait Continuer.

M'obstiner à aller fouiller dans sa poussière et dans ses cendres, sans autre science que patience, et sans autre suite qu'ainsi de suite, jusqu'à ce que ce soit lui qui me finisse par remuer son entière immobilité. C'est ainsi que continuer est finir toujours sans commencer jamais... et mourir toujours sans plus jamais pouvoir naître... Depuis, comme le font les morts, les dessins me parlent encore des paroles qu'ils m'ont dites et du silence qu'elles sont devenues. Je les entends me confondre les pensées que j'avais eues et je les vois dissoudre par avance, dans la matière grise de leurs surfaces, celles que je n'ai pas encore.

 

 

www.bernardollier.com

 


 

 

 

 

 

Virginie Rochetti

 




 

 

Broder est une activité répétitive et fastidieuse. Comme telle, elle détient un pouvoir hypnotique,anesthésiant, étonnamment indispensable à la vie moderne

Fascinée par l'idée des dames en leur château brodant, solitaires, les exploits de leurs amants tant attendus, peut-êtreinfluencée aussi par « Soeur Anne ne vois-tu rien venir ? Elle se piqua au fuseau d'un rouet,

 

Guillaume guerroyait au loin... » je rêvais souvent de ce bout de tissus rescapé des siècles.

Broder est une activité répétitive et affolante. Un fantasme de total maîtrise d'un matériau

fuyant et mou. Doux et délicieux. Un fantasme de sensualité au bout d'une piqûre d'aiguille.

Les contes, et puis aussi la fée « Lorsque vous entendrez la fée Clochette, Tournez la page... »

L'histoire de la Tapisserie de Bayeux est moins romantique. Composée par un artiste et brodée par les ouvriers d'un atelier de broderie, elle n'en possède pas moins un pouvoir évocateur

impressionnant.

Évocation instantanée du drap de lit, du trousseau de la mariée brodé de son chiffre quiest en réalité une lettre. Sa lettre au pied de laquelle allongée sur le dos, elle ... mais je m'éloigne

Broder. Je m'y adonnai, comme d'une drogue. Chaque jour écoutant la rumeur du monde à la radio transcrivant et dessinant les images vues dans les journaux, je m'adonnaià l'aiguille.

Broder est une activité répétitive et minutieuse. L'accumulation des petits points, on pourrait dire des détails, produit la forme globale qui bizarrement restitue le dynamisme et le geste du dessin. C'est une activité de contradiction. C'est une activité du choc. Choc de la technique (ancestrale) avec les moyens des technologies modernes (une brodeuse pilotée par un PC).

Choc des sujets avec le sujet : la « douceur féminine » et la violence du monde. Le caché,

l'intime de la maison (la haute tour du château) et le total extérieur des souffrances qui ne me concernent pas.

J'aime pas mon espèce, je nous trouve sales et puants. Pas drôles. Je préfère regarder le linge tourner par le hublot de la machine à laver. Du plus grand désordre

apparent surgit le motif de fond, stable, violence et destruction inexorable. À la fin, lueur d'espoir « Entrez dans la seconde vie », un univers virtuel aussi con que le vrai.

Solide et qui ne vacille pas.

Un vermisseau je vous dis ! se tortille en remuant les fesses. Ça va pas loin. Allons pas de

mauvais esprit ! brode chérie. Et laisse bien ton cul sur sa chaise. Des fois qu'il s'échaufferait trop au spectacle du monde.Le dessin aussi, stable et rassurant. Traversée du temps de Léonard de Vinci à Picasso, et Alechinsky. Brode, soit sage.

Broder comme aussi raconter toutes ces histoires, le monde qui irrupte et qui éructe jusque dans mon atelier avec ses corps en morceaux et ses visages recousus, autant de cicatrices à reporter sur la toile pour mieux les apprivoiser.

Les corps en morceaux raccommodés, les chairs dévastées étalées aux pages des journaux, ils me hantent le nuit. Je les couds le jour.

Les chairs encore, viandes à l'étalage ont pris la suite de la Tapisserie de Bagnolet.

Steaks, entrecôtes et boudins, bien rangé en barquettes publicitaires que je brode à petits points comme autant de nature mortes.

La violence est partout présente et le fil de la toile une sorte de rempart contre les pommes empoisonnées.

Broder encore pour rassembler, coudre ensemble tous ces morceaux de moi éparts, éclatés en divers coin de mon travail, partagés entre peinture sur la feuille du journal, installations et objets à histoires parlants la langue de mon goût des mots, et performances avec mes complices poètes (Fabienne Yvert et Jacques Rebotier notamment).

Se recentrer pour mieux décadrer le regard.

La langue pour coudre aussi les mots entre eux. Pas bougé ! Sage !

 

 

 

http:/www.virginierochetti.com

 

 


 

 

 

 

 

Lise Rousset-lesieur

 






 

le trait comme incise, le scripteur comme scalpel

 

La fleur dans la main gauche , le regard  est obnubilé , ravi, c'est à dire volé , comme coupé du cerveau .

Toutes les  informations  connues ne semblent plus  adéquates ni légitimes à circonscrire cette présence. Tout est aporie.

 Regard perdu, éperdu dans les replis de la fleur soudain devenue monde . Contemplation active infinie.

 Sous le regard tendu l'objet déborde ce qui couramment le contient : sa forme, sa matière, son nom .

 La fleur se dérobe, se déborde, se saborde m'entraînant avec elle, penchée au-dessus d'elle , en elle , en moi-même.

Toute la complexité d'être au monde et en soi se lève de la fragile corole tenue au plus près. Etrange familiarité.

De cette ivresse hallucinatoire soudain jaillit le premier trait de fusain comme un coup de lame qui vient inciser l'espace vierge et labile de la feuille.

Rien ne peut plus être comme avant.

Jetée toute entière dans ce jet, dans ce projet main, corps esprit.

L'émotion submerge le moi, le projette dans son en-dehors et lui fait prendre tous les risques.

 L'élan, la vitesse  accompagnent le désir ébloui de la forme à  faire naître.

 Du blasphématoire, de l'orgiaque, du viscéral accompagnent l'incise. Le grand format induit le corps à corps.

Le dessin perpétré comme un crime , un viol pour faire rendre gorge au modèle de ce qui palpite en lui comme un secret

Chaque trait  de délinéament est donné  comme un coup de scalpel déterminé et précis .

Chercher le tranchant du trait qui retranche, supprime  sépare, extirpe pour fait surgir de la forme  son signe.

 Ouvrir la présence  à une potentialité, la retrancher de son évidence. Défigurer la figure  pour que s'y déploie le figural.

 

 

 

 

 

Pauline Martinet & Zoè Texereau

 






 

hais les dimanches... »

Quel est le poids de l'ennui, a fortiori pour un enfant ?

Dans nos sociétés postmodernes, l'oisiveté enfantine est nourrie par les images stéréotypées du divertissement. Images vaines qui

s' égrènent dans le rituel télévisuel.

Les journées se déroulent mornes et sans surprise.

Que faire ? Rien.

Sinon attendre que ça passe. Demain est un autre jour.

Pauline et Zoé ont mis en commun l'ennui de leur enfance, pour l'épuiser, l'exténuer,

le contrôler dans un protocole de travail méthodique.

 

Travail à quatre mains pour réinventer la réalité quotidienne qu'elles ont vécue, chacune, séparément.

Elles s' emparent de différents motifs dont elles figent l'apparence. Leur vision distanciée nous livre des archétypes d'habitats pavillonnaires, des clichés

d' émissions de télévision, des vignettes désuètes d'objets reproduits dans les catalogues qu'on feuillette...

Le travail d' élaboration de leurs images est lent, insistant, régulier et se répète au sein de séries...

Il vise à l' effacement de leur propre geste. Il s'ajuste à ce

retrait du documentariste.

 Le protocole de travail met en avant la règle, celle

qu'on se donne et à laquelle on se tient... Les images photographiques ou électroniques,

sont dessinées à la mine de plomb, consciencieusement, ou peintes à

la gouache à la façon des pochades.

Ces images d' images, paradoxales, - images mécaniques faites à la main –

soulignent la vacuité de notre monde, un monde désenchanté, un monde banal sans but et sans destin.

 

JEAN ENSEL, le 13 06 2010

 

Certains souvenirs d'enfance nous renvoient à la sensation d'un

ennui profond. Nous avons tous en mémoire ces heures passées sur

notre lit ou à déambuler sans but dans la maison. Ces souvenirs

sont ceux du dimanche, de ces journées de vacances et autres jours

fériés interminables.

C'est dans ces moments là que naissent les premières prises de

conscience du quotidien et que l'on ressent sans pouvoir vraiment

le nommer, un certain engourdissement.

L'ennui pendant l'enfance est un état contemplatif, lascif, proche

De la prostration mais sans gravité. Face à cet abattement, la rêverie est une échappatoire permettant de s'extraire de son environnement.

La sensation d' ennui s'atténue en grandissant.

 Nos recherches autour

de la représentation de l'ennui sont autant d'excuses pour le revivre

 

 

www.martinet-texereau.com

 

 

 

Danielle Wallers

 




 

L'origine de ces pièces, est une  rencontre simple due au  hasard de la rue, un cadeau, peut-être une destiné avec des matériaux. Je ne les cherchais pas, ce sont eux qui m'ont trouvée.

Ils m'étaient offerts, je m'étais redevable d'en restituer ce je ne sais quoi qui les fait exister. Ils se proposent à moi et me conduisent à faire, à une période de vie pleine de violence, de tumultes et surtout vide de grâce.

Pas d'exutoire, ni d'analgésique.

Voleuse de temps, nomade d'espace je devais aller à l'essentiel, prendre des raccourcis, me préparer à toute éventualité et surtout profiter de chaque instant comme s'il était le dernier, dépouillée de tout artifice, toujours sujette à un « hors de », à un dédoublement et aussi se laisser aller au doux vertige d'être une bouchon jeté dans la tempête.

 

Le papier de soie m'a offert la légèreté d'un souffle, la jolie musique de son « frou froutage », la volupté quand il semble résister au mouvement et au déplacement dans l'air, comme une danse un peu lascive.

Et c'est la même volupté quand je prends le pigment, à pleine main. Volatile comme une immatérialité, je caresse ce qui va donner un sens à la trace.

Fluide, il imprègne cette manière de peau et c'est comme une sorte d'extase à se laisser apprivoiser et  conduire par la matière.

Et puis, il y a souvent quelques mots ajoutés, comme une petite histoire modeste  suivie d'une superposition des feuilles, comme un fantôme, un voile donné pour atténuer quelque chose de ce qui peut pour moi être trop dit, trop nommé, trop fort.

 

En résumé :

L'origine de ces pièces est un cadeau du au  hasard de la rue, je m'étais redevable d'en restituer ce je ne sais quoi qui les fait exister. Ils me conduisent à Faire, à une période de ma vie vide d'élégance et de grâce, pleine de violence.

Le papier de soie m'a offert la légèreté d'un souffle, et c'est la même volupté quand je prends le pigment, à pleine main. Je caresse ce qui va donner un sens à la trace.

Et puis, il y a souvent quelques mots ajoutés, comme une petite histoire modeste  suivie d'une superposition des feuilles, un voile donné pour atténuer quelque chose de ce qui peut pour moi, être trop nommé, trop fort.